[Transe-poésie]
Vidéo poésie et états de conscience élargis - A. Strid
"Transe-poésie" est un art de vivre et d'habiter, ici et maintenant.
Sur internet et autre support multimédia c'est une programmation de vidéo-poésie d'une trentaine de minutes.
Vidéo-poèmes écrits/dits/filmés/vécus en état de conscience élargis, c'est à dire dans la transe par hyper-ventilation, danse, rêve lucide, jeûne, forêt & rivière et quotidien jouxtant...
Extrait vidéo
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fille du lait - 2011 - 2'10"
"..fille de sous bois, je sens la fumée, l'arbre me traverse, les papillons sucent mes doigts
je suis revenue depuis si peu de temps que je me lave en gardant mes bottes
fille du caoutchouc et du plastique, je suis arrivée chez moi
un endroit où je n'étais jamais allée et je nettoie ..." Cette vidéo en ligne sur bibliotheques-clermontcommunauté.
Comment se vit l'intention de vie ?
Comme un art des transformations, comme un processus d'émancipation.
"...Quels que soient les ravages - un arbre fabrique de l'oxygène et produit de l'humus. Il est comme ça - connecté - au principe vital qui veut vivre et qui en aime la vie inconditionnellement. C'est ce qui produit la jubilation et l'opiniâtreté du bourgeon têtu...
Et nous ... têtu-e-s nous sommes - à être - solidaires, inventifs, aimant-e-s, résistant-e-s, joyeuses, fertiles, indiscipliné-e-s ..." Cette vidéo en ligne sur bibliotheques-clermontcommunauté.
Solstice été 2011 : adopter les statégies du vivant
Trop de lumière nuit ?
Fusion des coeurs de Fukushima, énergies fossiles brûlées jusqu'à épuisement, pluies radioactives, eau des gaz de schiste en flamme, nuit disparue sous les lampadaires, champs et chemin cramés à l'herbicide, climat réchauffé ...
Bientôt l'été ... Adoptons les stratégies du vivant : FLORISSANT, MULTIPLE, EN MOUVEMENT ...
Comme pissenlit, mycélium, amarante, ESSAIMER, créer des RÉSEAUX, RÉSISTER aux destructions.
Adopter de la forêt, la SOLIDARITÉ des biotopes ; de la vie du sol, le cycle de RÉGÉNÉRATION ; et de l'humus, l'AMOUR.
Récit de transe
J'utilise, dans mes recherches poétiques et ma vie intérieure, les pratiques de la transe et des états de conscience élargie. J'ai pu me rendre compte qu'il y avait des liens très imbriqués entre processus de transformation de soi, langage symbolique, aspirations éthiques et engagements sociaux-politiques.
La lecture de Starhawk et les rencontres des Ami-e-s de S!lence m'ont permis de mieux voir l'importance de cela pour l'émergence des processus de transformations collectifs et l'action politique.
J'ai à cœur, en tant que poète, de formuler au plus près de mon expérience. De plus, j'estime qu'il est important de produire le langage symbolique de notre éthique et de notre vision du monde.
Voici un exemple : je traversais dans une transe des moments vraiment rudes et pour sortir de cette situation intérieure désespérée, j'ai décidé de manger les charniers dans lesquels j'étais perdue. Par la suite, j'eus la sensation de passer l'hiver à "digérer" cela, pendant qu'une lente transformation s'opérait en moi. Au terme de cette transformation, j'ai eu une meilleure connexion avec la nature, ma capacité à aimer et l'ancrage dans ce qui est important pour moi ce sont amplifiés, le tout avec la conscience d'avoir de nouveau en moi une part indestructible et joyeuse.
Sur la base d'observation dans mon jardin et en forêt, j'ai utilisé le mot "humification" pour décrire ce phénomène de transformation et d'émancipation. L'humification est habituellement le processus au cours duquel un sol s'enrichit en humus par la transformation des matières organiques végétales fraîches. L'humus ainsi créé nourrissant alors le végétal dont il est issu. Je l'ai utilisé pour parler du processus de transformation à l'œuvre chez les humains (...)
«Humification», pour dire ce qui est à l'œuvre chez les humains, quand ils-elles se dessaisissent de leur égo, de leur masque social, de leur peur du ridicule, cette façon de tout lâcher, de tout laisser tomber comme l'arbre lâche ses feuilles et d'accepter d'aller jusqu'au bout de soi même, de ses peurs, puis d'assister au processus de transformation et se trouver ainsi nourri-e-s par le processus même.
Ce mot, décrit concrètement une expérience, explique un phénomène d'émancipation et génère une vision poétique : les humains ont l'humus dans les mains. Dans nos bras réside l'amour-humus - l'amour nourricier - substrat de croissance pour notre espèce, tout comme l'humus est substrat de croissance pour l'arbre.
Dans l'exploration des perceptions l'intuition est fertile, l'expérience ne se trompe pas. On ne cherche pas et pourtant on trouve. C'est une bonne façon de produire du sens en adéquation avec nos aspirations profondes.
La pratique des états de conscience élargie en groupe m'a montré que si athées et croyants ne rangent pas le monde de la même manière, notre extase est la même. Nous partageons la même extase car cette perception totale se situe en amont de la formulation et de la structuration. (...) Comme nous ne décrivons pas le monde mais la perception que nous en avons, nos visions du monde sont différentes et elles influencent la structure de nos représentations, nos schémas mentaux.
Ce que je perçois en tant qu'athée est un monde tout entier ici présent - un systèmes de relations incluses dans le vivant, coopératives et en mouvement.
Que certain-e-s aient besoin d'un divin transcendant, d'autres du vivant coopératif, d'autres d'un divin immanent, n'est pas gênant tant que nous ne prenons pas le pouvoir avec ça, tant que nous n'empêchons pas les gens de pratiquer une IVG, leur foi, ou leur philosophie... Toutefois être "sous le regard de Dieu et soumis à la volonté divine" n'est pas la même chose qu'être en accord avec le vivant, partie prenante de l'intelligence collective et parcelle agissante de l'énergie mobile qui unit tout l'être. "Soumission" et "être en accord" ne sont pas synonymes. Cela peut changer nos modes d'organisation, nos façons de décider en groupe, notre opinion sur l'IVG, notre rapport à l'éducation, la nature, la condition humaine, la mixité ... et si une vision du monde ne se discute pas, les conséquences culturelles et sociales de ces visions elles se discutent.
Des formulations adaptées sont importantes pour ne pas aligner l'autre sur nos propres modèles symboliques ou se faire aligner sur des modèles symboliques qui ne nous conviennent pas.
Ainsi nous ne disqualifions plus, pour des raisons de langage inadéquat, les savoirs, techniques et expériences qui permettent de nourrir et faire croître ensemble, vie sociale et vie de l'âme, transformation de soi et transformation sociale. Cela met en outre en lumière une différence fondamentale entre les conceptions hiérarchisées du monde et les conceptions "maillées" (non hiérarchisées).
L'énergie mobile qui unit tout l'être je préfère l'appeler "le vivant". Le vivant comme les esquimaux dise "le neigeant" pour qualifier certaines qualités de la neige. Parce que c'est une forme verbale qui suppose un état d'être et pas une représentation de quelqu'un-quelque chose. C'est un mot qui n'est pas dual - il n'a pas de contraire puisque dans le vivant est contenu le processus de vie/mort/vie. Il ne fait pas référence à un "divin" (dont la connotation est supérieure dans notre culture de la transcendance). Ni dieu, ni déesse il permet aux humains de l'appréhender de façon mixte.
Il est urgent de trouver des symboles à la fois non dual et mixtes. Des représentations neutres au niveau du genre pour transformer les archaïques principes dit "féminin" et "masculin". A quand la symbolique de la terre mixte ?
Une terre mixte dont l'humus aide à la croissance. Des humains-mixtes chez qui l'amour désintéressé, tout comme l'humus pour l'arbre, est un substrat de croissance. L'amour-humus à tous les sexes y compris le neutre, les humains-mixtes, les humixtes peuvent tous et toutes s'identifier à l'amour nourricier désintéressé. Nous serions ainsi plus en accord avec notre instinct de soin. Instinct de soin qu'hommes et femmes mettent en acte avec l'amour maternel/paternel et l'entraide.
Des représentations non duales pour en finir aussi avec la séparation entre vie et mort. La vie contenant en elle même la naissance et la mort, la vie ne s'oppose pas à la mort, elles sont le même principe dansant dont nous sommes toustes en charge.
Ne pas sexuer le vivant comme les humains le sont, ne pas le définir à notre propre image, considérer vie/mort/vie dans son processus, ceci peut redonner une unité et du mouvement à notre rapport à la vie et à la mort et à notre rapport à l'énergie qui unit tout l'être.
Puisque les mots de notre expérience sont une image de nos représentations, Il n'est pas question que de vocabulaire, il est question aussi de donner des formes adéquates à notre éthique.
Dans un monde où nous percevons tout présent à égalité, l'intelligence est collective et nous en sommes toustes co-créateurs. Cette perception fait que les images prennent forme en réseaux et non pas sous forme pyramidale. Les relations et les circulations sont à l'image des mailles d'un filet, à l'image de la croissance du mycélium, de toiles d'araignée et non pas à l'image d'une arborescence hiérarchisée.
Ce n'est pas que de l'imagerie intérieure, cela a aussi des conséquence dans nos vies. Dans notre façon de vivre en groupe par exemple. Si l'on se construit par association, coopération, c'est plus facile de ne pas se servir de cette invention qu'est la "hiérarchie de fonction", cette pyramide de pouvoir au sommet de laquelle un-e chef-fe a raison même s'il se trompe ou nuit au groupe. Quand il n'y a pas de sommet ou plutôt qu'il y a de multiples sommets en mouvement, il y a "coordination des compétences". L'autorité est en mouvement dans le groupe. Chacun-e peut faire autorité par ses savoirs-faire et ses savoirs-être.
Régénérer l'imaginaire des perceptions coopératives
Pour tout ce que je viens d'écrire, je considère comme politiquement vitales l'émancipation intérieure et la re-création d'imaginaire collectif basés sur les perceptions coopératives de l'être, du monde et de tout ce qui est. J'ai espoir de garder vivants nos schémas coopératifs, avec ceux/celles qui vivent le plus possible leurs rêves. L'espoir de regagner notre pleine capacité d'être et d'agir.
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A. Strid - 2010 - 2011
Ce texte s'est aussi nourri de lectures et d'ami-es. Qu'ils/elles soient remercié-e-s.