SOYONS TERRESTRES !

Écrit pour toi avec trois riz d’ici
Riz rouge pour la force de l’énergie vitale qui permet le changement
Riz noir pour l’abandon de ce qui est inadéquat et va se transformer
Riz blanc pour le renouveau et la nouvelle forme qui advient dans le mouvement incessant du vivant
Trois couleurs de transformation1
Pour que la vie ne coure plus inaperçue à nos côtés
En nous munissant d’une meilleure carte pour ouvrir les chemins de l’action
POUR QUE LA VIE NE COURE PLUS INAPERÇUE À NOS CÔTÉS
Extraits de L’ARBRE MONDE – Richard Powers (p14 à 530)
Quand vous abattez un arbre, ce que vous en faites devrait être au moins aussi miraculeux que ce que vous avez abattu.
Les vieilles faims primordiales, les commandements premiers : regarde, écoute, goûte, touche, sens, dis, rejoins.
N’espère ni ne désespère, ni ne prédis, ni ne te laisse surprendre. Ne capitule jamais mais divise, multiplie, transforme, unis, endure et agis comme tu l’as fait tout au long du long jour de la vie.
UNE MEILLEURE CARTE POUR OUVRIR LES CHEMINS DE L’ACTION
Extraits de L’INEXPLORÉ (p. 367 à 372) et RENDRE L’EAU À LA TERRE (p. 300 à 304) – Baptiste Morizot .
Voir les vidéos « Baptiste Morizot : Podcast et actualités de Radio-France ».
Une mauvaise carte de la situation nous envoie dans le mur, une carte plus ajustée ouvre des chemins de l’action. Une carte, c’est avant tout une re-description : hier encore, en regardant par la fenêtre on ne voyait qu’un décor immuable, puis fragile, un patrimoine en danger (…). Cet imaginaire est omniprésent dans nos rapport au vivant – je rappelle simplement ici que, bien compris [le vivant] est un allié. Plus puissant que nous, bien plus ancien et bien plus créatif(…).
Changer le fond de carte de nos histoires, alors : on étouffait encerclés par nos propres logiques destructrices, dans un décor de matière inanimée, muette, absurde – le vivant est en fait une puissance surabondante qui nous a faits et qui lutte obscurément pour la même chose que nous : l’habitabilité du monde et le maintien de la vie. La différence c’est qu’il travaille impitoyablement au bénéfice de la communauté des vivants en présence, dont nous sommes des membres, alors que nous avons passé les siècles derniers à favoriser nettement nos intérêts exclusifs contre ceux des milieux qui nous font vivre.
C’est assez revigorant, parce que devant la solitude et la responsabilité écrasante d’être le seul acteur sur Terre, qui aurait détruit la « nature » fragile, culpabilité mêlée d’orgueil et de honte prométhéens, on se retrouve tout à coup surpeuplés, on n’est plus orphelins, abandonnés. Nous voici transfigurés comme un des visages du vivant qui se défend, mobilisés dans un front commun, une conjuration faite de forêts respirantes, de pollinisateurs tramant le printemps, de bactéries et de champignons faiseurs de sols, de baleines à bosse dévorant du carbone, de castors en lutte contre les sécheresse et l’accaparement de l’eau – quelle ménagerie, quel cortège ! C’est bien plus joyeux, bien plus puissant contre les forces de destruction de notre économie extractiviste.
(…) Nous ne pouvons pas savoir pour quel monde lutter si nous ignorons qui nous sommes – c’est à dire de qui nous sommes faits. Et nous sommes faits des autres formes de vie, faits du tissage avec eux, puisque notre existence dépend de la leur, que nous avons co-évolués avec eux, et qu’ils font le monde qui nous fait vivre. (…)
(…) Dès lors, le motif de l’action, c’est d’abord la joie d’appartenir à cette aventure du vivant, plutôt que seulement la détestation des forces maléfiques. (…)
Ce type de discours est tout de suite articulable à des actions collectives, (…) car c’est de l’énergie combative. (…) On voit sous quels axes [le vivant] est fragilisé et à quelles conditions il prospère : on voit bien les formes d’agriculture, de paysannerie, de foresterie, de pêche, d’aménagement, d’économie, de vie qui sont mutualistes avec lui, et celles qui l’occultent et le détruisent. (…) On lutte pour, là où fatalement on luttait contre. Ce qui est très clair sur ce chemin, c’est que dans notre dos et sans le faire vraiment exprès, on a réactivé la positivité du monde : ce pour quoi se lever.
RÉACTIVER LES AFFECTS
Extraits de « APPARTÉ AVEC ALESSANDRO PIGNOCCHI» in revue Relief n°23 – p.100 -101 – Le blog de l’auteur : Puntish.
Il n’y a pas de recette magique, si ce n’est de faire ce que font les Soulèvements de la Terre et beaucoup de composante de l’écologie territoriale : créer les conditions qui permettent à des populations toujours plus vastes et diverses de retrouver la joie, l’intensité de vie que l’attachement collectif à un milieu de vie permet d’éprouver. (…)
Quand on démarre du bas, des milieux de vie, des manières d’habiter et de prendre soin des territoires, on peut composer une force politique plus complète. (…)
Veut-on un hangar Amazon ou des potagers partagés ? Une forêt ancienne ou des champs de panneaux photovoltaïques ? Cette conjonction entre enjeux du quotidien et projet politique exaltant, constitue sans doute un ingrédient nécessaire pour créer une force révolutionnaire.
- Pour la symbolique des trois couleurs de la transformation voir FEMMES QUI COURENT AVEC LES LOUPS – Clarissa Pinkola Estes. ↩︎
Autres ressources
- Au commencement était… Une nouvelle histoire de l’humanité – de David GRAEBER et David WENGROW. S’appuyant sur des recherches novatrices, leur livre dévoile un passé humain infiniment plus intéressant que ne le suggèrent les lectures conventionnelles. Ce livre élargit nos horizons en montrant qu’il est toujours possible de réinventer nos libertés et nos modes d’organisation sociale.
- Génération 17 – Vidéo de 23 mn sur Louis JULIAN paysan en agriculture organique depuis 45 ans : sols vivants ou sols morts, le cycle de l’eau dans les sols et la régénération des sols abimés en 3 ans.
- CANOPÉE – Association experte qui agit à la racine des problèmes : faire changer les lois et les pratiques des entreprises pour protéger les forêts en France et dans le monde.
- 36 idées reçues sur la forêt, petit manuel de résistance intellectuelle à l’usage de ceux qui s’intéressent à la forêt – par l’association CANOPÉE.
- Cette paysanne qui voulait « cultiver l’eau » – reportage sur Marlène VISSAC par Reporterre.
- Hydronomie site de Marlène VISSAC – Bureau d’études spécialisé dans la résilience climatique des outils de production agricole
- Les assoiffeurs – livre enquête sur ces entreprises qui accaparent l’eau. Fabien BENOIT et Nicolas CELNIK
- Rebâtir une démocratie de l’eau – Nicolas CELNIK, co-auteur du livre Les assoiffeurs sur France Culture. Résumé à lire et entretien à écouter en podcast sur France Culture.
- On peut participer localement à l’autoguérison du monde de Baptiste Morizot sur Médiapart.
- Chantier Castor avec Baptiste Morizot : la rivière répond fort ! – Vidéo de 18 mn qui requinque, éclabousse et montre que c’est possible de soigner les rivières avec une méthode low-tech.
