TEMPÊTE
Méjarié & Pudivisse 2024
Méjarié jour 1
Femme yeux fermés, barbu de profil devient sanglier et derrière sa tête, s’avance une femme à lunettes noires. Un pompier aux énormes favoris blanc pur, avec son casque gris, monstre dentelé. Au premier plan, les gros cotonneux roulent à fond, rarement formés, sauf cet homme de profil, bouche ouverte, tendu vers son but. Oiseaux et frondaisons bruissantes dans les courses du vent. Un visage de chien à oreilles pendantes de profil. Le visage de face, au premier plan, me fixe un instant. Ptérodactyle dans une rafale de vent forcissant. Trouée bleu dans ce roulis, camaïeu des gris, un sourire passe, deux yeux doux se forment, sourire s’éteint. Une silhouette découpée d’humain volant, les bras et jambes étalés, une femme tête penchée en avant, regarde en bas.
Couchée dans le coton face contre ciel, dos contre terre, l’air au vent atténué, à peine humide le pelage de la terre. M’endors. Au réveil un oiseau plane derrière mes yeux et le vent rafale dans le gris complet.
Précieuse, émouvante, énigmatique
Dans son mouvement, nombreuse la forêt
Par mes yeux l’un de ses visages
Par mon ouïe l’un de ses charivaris
Roux gris vert brun.
Pleine de doigts, respirante, sociale, vivante
Infime message humide
Secret des communications
Ce soir je dors chez elle
Méjarié
Se dissolvent les formes interceptées
L’impermanence de mes yeux et des nuages
Je dors dans le vent
Méjarié jour 2
Encore froid, toilette sans quitter les pompes. Un creux où le vent est atténué. Avoir chaud ? J’absorbe la chaleur comme une tortue. Avec le vent partez rengaines, poussières, veilles tristesses et stagnations !
Les nuages dans le vent montrent ce qui jamais ne se fige. Les hêtres dans le vent montrent la puissante souplesse, le secouage, le laissé faire des extrémités et la solidité de la structure. Le papillon dans le vent montre comment garder le cap dans la rafale, sans pour autant aller contre. D’où vient son élégance ? De ma perception, de sa concentration ? De sa maitrise de l’air ? Tous m’enseignent le repos dès qu’on peut, le sens de l’à-propos, la vie dans le changement.
Allez hop ! L’un après l’autre, secouer tous les habits, secouées même les fibres de l’être.
Saoulée de vent. Cesser d’être secouée si fort ! Boire chaud dans l’acrobatique danse du réchaud et me faire chauffer la couenne dans la clairière. Couchée tôt ! La tente tient bien dans les rafales. Les oiseaux doivent ramer pour se faire comprendre.
Et en fin de nuit … le vent est tombé.

Méjarié jour 3
Plaisir d’être à peine habillée. Le temps des pliages et des séchages. Là où j’ai dormi, une forme d’ogive, les feuilles y sont sèches. Offrande de riz blanc et joncs tressés. Merci.
A l’orée de la forêt, grand calme après les rafales. Mes oreilles découvrent délicatement les pépiements des passereaux, un croassement répétitif, un gloussement, des chants flutés, des diptères en maraude, sonnailles de brebis au loin, coucou, silence des papillons marbrés, citrons et azurés. Odeur du genet en fin de floraison. Huit grands chevaux noirs broutent, un homme ratisse torse nu l’herbe coupée.
Grand rapace de nuage et un rapace en chair et en os pousse son cri. Pieds nus, couchée dans l’herbe face aux montagnes. Nuages se meuvent en tourbillon, s’expansent en devenant bleu vert. Arc-en-ciel près du soleil, l’anneau devient roue tournante, sanglier, poisson, cachalot, oie sauvage, tout un bestiaire… A l’abri et au bon endroit dans cette expansion de nuages silencieux, splendeur échevelée aux reflets turquoise. La terre est douce à mon corps couché dans les fleurs, cette joie depuis toujours d’être allongée dans la prairie.